Bruno BONDE (Pole Emploi)

, par udfo28

Mes chers camarades,

Rappelons nous : C’était l’une des nombreuses promesses de campagne du candidat Sarkozy :

« La France doit se doter d’un grand service public de l’emploi moderne et efficace. Il n’est pas acceptable qu’un chômeur ait 2 interlocuteurs distincts, dont l’un s’occupe de son indemnisation, l’Assédic, et l’autre de son reclassement, l’Anpe. Il doit pouvoir trouver en un lieu unique tous les services qu’il est en droit d’attendre et en particulier un accompagnement adapté et personnalisé, avec un référent unique, qui le suivra tout au long de sa recherche d’emploi. Ce challenge, nombreux sont ceux à avoir voulu le relever… Moi je vais le faire »… Ainsi parlait Sarkozy.

Courant 2008, alors que le chômage connaissait une croissance exponentielle, notre omni président posait les bases de son grand projet de service public de l’emploi dont l’un des piliers était cette lumineuse idée de « l’offre raisonnable d’emploi » censée remettre au boulot tous ces fainéants de chômeurs qui se complaisent dans l’inactivité.

Dans la nuit du 18 février 2008, il faisait voter par l’Assemblée la loi, considérée « urgence nationale », qui entérinait la création d’un nouvel opérateur issu de la fusion de l’agence nationale pour l’emploi et du régime d’assurance chômage.

Ce « gros bidule » comme le nommaient alors les salariés de nos 2 maisons, qui mariait, et c’est une première en France, un service de l’Etat et un organisme de droit privé géré par les partenaires sociaux, ne s’appellera « Pôle emploi » qu’après plusieurs mois de tergiversations. Il en coûtera quelques centaines de milliers d’euros et d’intenses séances de brainstormings pour les créatifs d’une savante agence de communication proche du pouvoir.

Accouché dans la douleur, ce qui devait être le plus performant des services de reclassement européen, dont l’ambition affichée était de devenir « le service des ressources humaines de la France », peine à trouver ses marques : Un an après sa création, force est de constater que les résultats escomptés sont loin d’être atteints.

Les promesses d’un accompagnement renforcé et individualisé des demandeurs d’emploi se sont fracassées contre le mur de la crise économique. Plus de 500.000 chômeurs en plus au cours de l’année 2009. Les prévisions les moins pessimistes tablent sur au moins 100.000 demandeurs d’emploi supplémentaires en 2010.

Alors que les pouvoirs publics s’engageaient à ce que les agents de Pôle Emploi se voient confier un portefeuille de 60 chômeurs à accompagner, les destructions massives d’emploi les rendent aujourd’hui plus proche de 250 et plus. De fait, les chômeurs sont littéralement abandonnés à leur sort faute de moyens donnés à nos personnels qui permettraient de rendre un service à la hauteur des attentes des usagers.

Et pourtant cette situation fait le bonheur de certains : Ainsi, en est-il de la montée en puissance sur le marché du reclassement des opérateurs privés qui se sont vus confier en 2009 le suivi de 320.000 chômeurs pour un marché de plus de 425 millions d’euros sur 2 ans, au prétexte de soulager Pôle emploi en cette période de crise.

Les salariés de Pôle Emploi à qui on vantait hier les vertus de la polyvalence ou de la multi compétence, font le constat aujourd’hui que rien n’a véritablement changé et que l’établissement n’a pas réussi le challenge du partage des métiers et des connaissances. La direction générale a du revoir ses ambitions à la baisse et chacun aujourd’hui continue de travailler sur son domaine de compétence initial avec des conditions de travail qui se dégradent de jour en jour, et une frustration quotidienne due à l’impossibilité chronique de rendre un service de qualité.

Ouverts dans l’urgence, sans que les projets immobiliers soient finalisés, sans que les systèmes informatiques soient harmonisés, sans que le matériel minimum et nécessaire soit disponible, les sites de Pôle Emploi ont été « bricolés » pour satisfaire aux objectifs fixés par les pouvoirs publics : 100% de sites communs au 31/12/2009.

Ici il manque un photocopieur, là les agents sont plus nombreux que les espaces de travail disponibles, ailleurs les téléphones ne fonctionnent toujours pas : Les exemples pourraient se multiplier à l’infini…

Ces dysfonctionnements ne sont pas sans conséquence grave sur la santé des personnels de notre établissement : Les organisations syndicales tirent depuis des mois la sonnette d’alarme auprès de la direction générale sur les risques qu’encourent nos collègues les plus fragiles face à tous ces bouleversements.

Une dizaine de suicides ont été recensés au niveau national depuis le début de l’année 2009 parmi les personnels de Pôle Emploi… Les arrêts de travail pour dépression se multiplient au sein de tous les collectifs de travail.

Et de grands sujets d’inquiétude pointent encore à l’horizon 2010 au sein de notre établissement

Ainsi, en est-il du transfert du recouvrement des cotisations d’assurance chômage à l’URSSAF d’ici au 1er janvier 2011, qui va impacter plus de 1500 salariés au niveau national qui voient ainsi leur métier disparaître et qui va les obliger à changer de filière professionnelle, sans aucune garantie sur leur repositionnement.

Au 1er avril 2010, Pôle emploi est invité à intégrer dans ses effectifs plus de 900 psychologues de l’AFPA ce qui préfigure sans aucun doute le futur démantèlement de cette institution dans les années à venir.

Enfin, il vous faut savoir que prés d’un million de demandeurs d’emploi vont se trouver en fin de droit aux allocations chômage d’ici à la fin de l’année 2010 dont 600.000 ne pourront prétendre à aucune prise en charge d’aucune sorte.

Face à cette énorme crise sociale qui s’annonce, la Confédération Force Ouvrière ne cesse d’alerter les pouvoirs publics mais ces derniers se défaussent de leur responsabilité qu’ils renvoient aux partenaires sociaux : La facture serait bien trop lourde et les déficits déjà par trop abyssaux...

Mais quant il s’agit de trouver 40 milliards pour renflouer nos amis les banquiers, les choses sont beaucoup plus faciles…

Osons encore une indécente comparaison : Le salaire annuel qui sera versé par EDF à Monsieur PROGGLIO, dont le montant a été validé par son l’Etat, principal actionnaire, représente à lui seul 250 années d’indemnisation en allocation de solidarité spécifique !

Pour terminer sur une note un peu plus positive, je voudrais saluer les excellents résultats remportés par Force Ouvrière à l’occasion des premières élections professionnelles de Pôle Emploi.

Ainsi, notre organisation syndicale est la seconde en terme de représentativité au niveau national.

En région centre, Force Ouvrière s’est imposée comme la première organisation syndicale représentative en décembre 2009 en récoltant prés de 29% des suffrages alors que 8 listes s’affrontaient lors de ce scrutin.

Depuis des mois, les adhésions FO se multiplient au sein de la Région Centre venant ainsi récompenser les efforts de nos militants, nombreux à s’impliquer dans la lutte syndicale :

Nous avons ainsi connu une croissance de plus de 30% de nos adhérents sur l’année écoulée. Je voudrais tout particulièrement signaler, à ma grande satisfaction, le nombre de jeunes militants qui nous ont rejoint ces derniers mois, preuve s’il en est que le syndicalisme n’est pas un combat dépassé qui ne concerne que les nostalgiques d’une époque révolue.

La relève est là, n’attendant qu’une chose : Que nous les accompagnions, que nous les formions : Ne laissons pas passer cette chance formidable.

En conclusion, soyez en certain : Notre combat continue et c’est pied à pied que nous continuerons de faire progresser les droits des usagers et des salariés de Pôle Emploi au cours des mois et des années à venir.